Panorama des formations pour optimiser la coordination gériatrique en Champagne-Ardenne

21/07/2025

Les acteurs de la coordination gériatrique : des besoins de formation précis et évolutifs

Bien plus qu’un maillage de métiers, la coordination gériatrique réclame des compétences pluridisciplinaires, une connaissance fine des dispositifs existants, et un sens aigu de la communication collaborative. Avec l’évolution démographique – l’INSEE observe que la proportion des personnes de plus de 75 ans en Grand Est devrait augmenter de près de 50% entre 2020 et 2050 (source INSEE) – la demande en professionnels formés explose, tout comme l’enjeu de leur formation continue pour s’adapter aux nouveaux protocoles, outils numériques et contextes sociaux.

Identification des compétences clés

  • Connaissances médico-sociales (lois, dispositifs, droits et ressources locales)
  • Compétences en évaluation gérontologique globale
  • Maîtrise de l’accompagnement pluridisciplinaire et du travail en réseau
  • Médiation, coordination et gestion de crise
  • Sensibilité à l’éthique, la bientraitance, la prévention de la maltraitance

Les exigences ont évolué ces dernières années : il ne s’agit plus simplement de connaître les solutions institutionnelles, mais bien de tisser et d’animer un réseau agile entre hôpital, domicile, établissements médico-sociaux et structures associatives.

Formations initiales universitaires et diplômantes : un socle essentiel

La voie classique vers la coordination gériatrique passe par plusieurs filières initiales qui se spécialisent ou intègrent des modules de coordination.

Diplômes d’État et spécialisations

  • Diplôme d’État Infirmier(e) (DEI) : Parcours de base, complété par des formations à la coordination (notamment DU, voir plus bas).
  • Diplôme d’État d’Aide-Soignant(e), d’Assistant(e) Social(e) : de nombreux diplômés montent en compétence par la suite pour occuper des fonctions de coordination.
  • Diplôme de Cadre de Santé : axé sur la gestion d’équipe et la coordination de parcours.

Diplômes universitaires spécifiques

  • DU Coordination en gérontologie (notamment à l’Université de Reims Champagne-Ardenne) : cursus d’un an, alliant savoirs théoriques et exercices pratiques en lien direct avec les dispositifs locaux. Destinés prioritairement aux professionnels déjà en poste.
  • DU Gestion de cas en gérontologie (Université Paris-Est, Nancy, etc.) : très orientés vers l’analyse de situations complexes, la construction de parcours personnalisés (source : Université de Lorraine).
  • Master Santé Publique option Gérontologie : plus théorique mais forme à la coordination de dispositifs à grande échelle et à l’évaluation de politiques publiques âgées.

Dans le Grand Est, le DU de « Coordination de projets gérontologiques » de l’URCA ouvre chaque année une quinzaine de places à des professionnels souhaitant approfondir leur pratique et offre un panorama complet du travail de coordination à l’échelle territoriale.

Formations continues : culture de l’adaptation au terrain

Face au renouvellement constant des dispositifs, la formation continue s’impose comme levier d’expertise professionnelle. La loi du 5 septembre 2018 (« pour la liberté de choisir son avenir professionnel ») a d’ailleurs facilité l’accès au Compte Personnel de Formation (CPF), utile dans le secteur médico-social.

Catalogue de formations courtes & modules spécialisés

  • Formations ANFH et OPCO Santé : modules sur la coordination, la gestion des situations complexes, l’approche pluridisciplinaire. Souvent en présentiel, parfois en e-learning.
  • Programmes de l’IREPS Grand Est : sessions sur la prévention, la santé mentale, la promotion de la bientraitance et la coordination gérontologique.
  • CFGA (Certificat de Formation à la Gestion Associative) : particulièrement utile pour les cadres associatifs impliqués dans le champ gériatrique local.

Certaines formations courtes sont pensées en réponse directe à l’évolution des dispositifs nationaux comme les « DAC » (Dispositifs d’Appui à la Coordination), fusion des MAIA, CLIC et réseaux de santé (source Ministère de la Santé), ce qui demande de s’approprier rapidement de nouveaux référentiels nationaux et logiciels collaboratifs.

Mises en situation et retours d’expériences

  • Sessions d’analyse de pratiques animées par des consultants ou médecins coordonnateurs
  • Simulations de réunions de coordination pluridisciplinaire
  • Études de cas réels sur la gestion des situations complexes (ex. : maintien à domicile, coordination ville-hôpital, accompagnement en fin de vie)

À titre d’exemple, en 2022, le Réseau de santé gérontologique de la Marne a proposé à plus d’une centaine de professionnels une session sur la réforme des parcours complexes, incluant un atelier sur le repérage des fragilités à domicile.

Place de l’innovation numérique et e-formation

Le secteur gériatrique n’échappe pas à la digitalisation de la formation. De plus en plus de parcours hybrides (présentiel / e-learning) sont proposés, notamment pour les mises à jour de connaissances réglementaires ou l’appropriation des dossiers de coordination partagés.

  • Plateformes dédiées (type FUN Mooc, FISAF, Santé.fr) : offres de micro-certifications en évaluation gériatrique, droit des séniors, conduite de projet territorial.
  • Webinaires, classes virtuelles et cafés gériatriques : organisés par les ARS mais aussi par les institutions locales (ex. : Groupements hospitaliers de territoire – GHT). Par exemple, le GHT Champagne Sud a offert en 2023 plus de 22 sessions en ligne sur la coordination pluridisciplinaire.

La digitalisation permet d’atteindre les territoires ruraux, particulièrement nombreux en Champagne-Ardenne, et de développer le réflexe de veille collective continuée.

Formation « à la source » : la transmission des savoirs sur le terrain

Au-delà des structures institutionnelles, l’acquisition des compétences passe souvent par la proximité : tutorat, compagnonnage, stages partagés et immersion inter-équipe.

  • Stagiaires infirmier(e)s coordinateurs/ coordinatrices accueillis en service d’accompagnement ou en EHPAD, pour des immersions de plusieurs semaines dans la gestion réelle des parcours complexes.
  • Formations en situation de travail (FEST) : démarche encouragée par l’ANACT, permettant une montée en compétences sur des « cas concrets » avec un accompagnateur dédié.
  • Groupes territoriaux de partage : Portés par les PTA-DAC, ces groupes de coordination créent des espaces de co-développement et de « transfert de pratiques ».

Sur notre territoire, des initiatives originales voient le jour. Par exemple, le réseau de santé AIDEN (Aide et Innovation pour la Domiciliation des personnes EN âge) à Troyes propose chaque trimestre un « parcours immersion coordination », ouvert à toutes et tous : chaque participant suit une demi-journée dans différents établissements et services d’aide à domicile, avant un débriefing collectif. Cette hybridation entre formation terrain et démarche réflexive favorise la transversalité et la montée en compétences partagées.

Spécificités locales et perspectives : la Champagne-Ardenne, un territoire d’innovation pédagogique

Selon les dernières données de l’ARS Grand Est, 1 500 professionnels du soin et du social sont impliqués dans la coordination gériatrique à l’échelle régionale. Or, 67% d’entre eux ont suivi au moins une formation dédiée au cours des deux dernières années, avec un net intérêt pour les modules de gestion de cas, éthique, usage du numérique en coordination (données ARS Grand Est, 2023).

À noter : la région s’illustre aussi par le développement d’outils originaux comme le « Cahier de liaison numérique partagé » expérimenté à Charleville-Mézières ; plus de 40 professionnels de terrain formés en trois vagues sur les questions d’interopérabilité, de confidentialité et de communication sécurisée en 2023 (source : Réseau Santé Ardennes).

Les échanges entre structures sont fréquemment encouragés via des formations croisant associations d’aide à domicile, établissements publics et acteurs privés : des « ateliers intersectoriels » animés par le Réseau Gérontoise de Champagne, qui a réuni plus de 80 intervenants autour de la thématique « Créer du lien en territoire rural » en avril 2024.

Des évolutions à accompagner : besoins émergents et innovations en formation

La croissance des besoins liés au vieillissement appuie l’importance de programmes adaptés. Signe remarquable, la région pilote le projet « Coord’Inno » : un consortium d’EHPAD, d’équipes mobiles de gériatrie et de DAC a initié un parcours expérimental associant sensibilisation à l’innovation sociale, partage d’expériences avec les aidants familiaux et ateliers d’adaptation au handicap auditif et visuel.

Quelques tendances émergent :

  • Individualisation des parcours de formation en coordination, sur la base de référentiels co-construits territorialement
  • Montée en charge des modules autour du handicap, du numérique et de la gestion de l’urgence à domicile
  • Renforcement des coopérations avec les universités et les chercheurs en gérontologie, notamment pour adosser l’évaluation des compétences à des outils partagés (portfolio numérique, évaluation par les pairs)

Pour approfondir : ressources et repères pour se former en coordination gériatrique

Structurer les parcours de formation, encourager l’innovation pédagogique de proximité et s’ouvrir à la co-construction territoriale des dispositifs : autant de défis à relever pour s’assurer que la coordination gériatrique soit à la hauteur des enjeux de demain. S'informer sur les offres, s’engager dans la formation continue et partager ses expériences restent les leviers essentiels de la montée en qualité de la prise en charge des personnes âgées en Champagne-Ardenne.

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