Acteurs du territoire : accès et fonctionnement des plateformes territoriales d’appui en gériatrie

02/08/2025

Prendre appui sur les ressources du territoire pour mieux accompagner le vieillissement

Sur le terrain, les professionnels constatent des parcours de soins gériatriques de plus en plus complexes, mêlant suivi médical, coordination sociale et dispositifs d’accompagnement pour les aidants. Depuis quelques années, la création des plateformes territoriales d'appui (PTA) répond à un besoin pressant : fluidifier l’accès à l’information, articuler les interventions et soutenir tous ceux qui interviennent auprès des personnes âgées, à domicile comme en établissement.

Mais qui peut réellement solliciter une PTA en gériatrie et à quoi sert cette démarche ? Si la notion même de “plateforme” porte en elle une idée d’ouverture, les conditions de saisine et les profils concernés sont parfois mal connus. Cet article revient, à partir d’exemples concrets et de données actuelles, sur le fonctionnement des PTA et la diversité des acteurs concernés.

Les missions clefs des plateformes territoriales d’appui

La PTA, officiellement instaurée par la loi loi de modernisation de notre système de santé (2016), est pensée comme un point d’entrée unique et neutralisé pour toute sollicitation visant à coordonner le parcours de santé. En Champagne-Ardenne comme ailleurs, le cœur de mission reste centré sur trois axes :

  • Le soutien aux professionnels de santé, médico-sociaux et sociaux impliqués dans des situations complexes
  • L’orientation et l’information sur les ressources du territoire
  • La coordination autour de la personne âgée fragile, lors de ruptures de parcours ou de besoins spécifiques

En 2023, le rapport de la CNSA indique que 32 % des sollicitations PTA concernent des situations gériatriques, pour des personnes de plus de 75 ans (source : CNSA, Bilan de l’activité des plateformes territoriales d’appui, 2023).

Professionnels concernés : bien plus que les médecins traitants

La première idée reçue reste celle d’une PTA réservée au seul médecin généraliste. En réalité, la plateforme est accessible à un ensemble étendu de professionnels et d’acteurs territoriaux :

  • Médecins généralistes et spécialistes : premiers solliciteurs, ils enclenchent souvent la démarche lors de repérage de fragilités, de polypathologies, ou face à l’isolement social de l’aîné.
  • Infirmiers et aides-soignants à domicile : souvent témoins de difficultés d’articulation ou de situations glissantes, ils sont légitimes à alerter la PTA, notamment lorsqu’ils repèrent des signes de rupture de l’accompagnement.
  • Services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD), SSIAD : ils saisissent régulièrement la plateforme pour des aspects organisationnels ou en présence de risques pour la sécurité de la personne âgée.
  • Travailleurs sociaux : assistants sociaux, conseillers en économie sociale et familiale, intervenants en EHPAD ou en services sociaux des communes.
  • Professionnels de la coordination : gestionnaires de cas, équipes spécialisées Alzheimer, équipes mobiles de gériatrie, etc.
  • Pharmaciens, ergothérapeutes, kinésithérapeutes, orthophonistes intervenant à domicile.

Parmi les situations typiques : une infirmière de secteur rural signale l’apparition de troubles cognitifs, un SSIAD ne parvient plus à organiser un retour à domicile après une hospitalisation, ou un kinésithérapeute relève une chute récurrente sans relais médico-social efficace.

Le rôle des établissements et services médico-sociaux

Les acteurs collectifs, tels que les EHPAD, foyers-logements, résidences autonomie ou structures d’accueil de jour, peuvent également solliciter la PTA. La plateforme sert alors d’interface notamment :

  • Lors de situations de crise individuelle nécessitant une réponse multi-partenariale
  • Pour organiser une sortie vers le domicile ou un accueil temporaire (séjours d’hébergement temporaire en cas de répit ou d’urgence)
  • En cas de besoin de renfort d’expertise externe, par exemple par une équipe mobile gériatrique

Selon le baromètre régional ARS Grand Est 2023, 21 % des demandes PTA en Champagne-Ardenne proviennent d’établissements médico-sociaux ou de structures d’hébergement, chiffre en augmentation constante depuis 2020.

Porte ouverte pour les aidants et les familles : quelle accessibilité ?

Une spécificité des PTA réside dans l’accueil direct des demandes des aidants et parfois des personnes âgées elles-mêmes, sous certaines conditions. Bien que la médiation d’un professionnel soit souvent recommandée pour faciliter l’analyse de la situation, la porte n’est pas fermée aux familles.

  • Un aidant qui constate une dégradation de l’autonomie ou des difficultés de prise en charge à domicile peut saisir la plateforme, laquelle orientera vers la ressource ou l’équipe adéquate.
  • Une personne âgée se sentant en insécurité à domicile ou en perte de repères peut recevoir écoute, orientation ou proposition d’évaluation globale de la situation.

Le rapport France Alzheimer 2022 indique qu’en France, près d’un quart des demandes d’information PTA en gériatrie proviennent d’aidants ; leur nombre a augmenté de 18 % entre 2020 et 2022.

Des conditions d’accès larges mais encadrées

Même si l’esprit de la démarche est l’accueil inconditionnel, la PTA intervient particulièrement dans certaines situations :

  1. Lorsque le parcours de santé est complexe : co-morbidités, isolement social, perte d’autonomie rapide…
  2. En cas de ruptures de parcours : hospitalisation non anticipée, impossibilité de retour à domicile, refus d’aide…
  3. Pour faciliter la coordination interprofessionnelle, face à la multiplicité des intervenants

Le critère central reste la pertinence de l’intervention : la PTA n’a pas vocation à remplacer les dispositifs existants (CCAS, CLIC, MAIA, équipes mobiles), mais à les articuler à la demande et selon le degré d’urgence ou de complexité.

Quelques chiffres pour situer l’impact des sollicitations PTA

Type de sollicitant (2022, Champagne-Ardenne) Part des sollicitations
Médecins généralistes / spécialistes 38 %
Infirmiers/SSIAD/SAAD 27 %
Aidants ou familles 24 %
Structures médico-sociales 11 %

Source : ARS Grand Est – Bilan de fonctionnement des PTA du Grand Est 2022 (https://www.grand-est.ars.sante.fr/plateformes-territoriales-dappui).

On observe également une forte croissance des sollicitations lors des périodes de tension sanitaire : la pandémie de COVID-19 a entraîné +46 % de demandes de coordination gériatrique (données FHF 2021).

Concrètement, comment saisir une plateforme territoriale ?

L’accès à la PTA se fait généralement par voie téléphonique, mail, ou via un formulaire en ligne, la plupart des plateformes ayant mis en place un numéro dédié. Chaque équipe s’organise pour apporter une première réponse sous 24 à 48 heures maximum. Certaines disposent de procédures accélérées pour les situations critiques (perte d’autonomie aiguë, risque vital, maltraitance avérée…).

La PTA ne se substitue pas à l’urgence gériatrique hospitalière, mais elle peut jouer un rôle pivot pour éviter des hospitalisations ou retours prématurés en établissement. En Champagne-Ardenne, plusieurs retours d’expérience montrent que les situations de crise aiguë prises en charge par les PTA débouchent, dans 2 cas sur 3, sur une réponse évitant l’hospitalisation (source : ARS Grand Est – synthèse 2021).

PTA gériatrique : articulation avec les autres dispositifs territoriaux

Il est essentiel de comprendre la complémentarité des PTA avec d’autres ressources : CLIC (Centres Locaux d’Information et de Coordination), réseaux gérontologiques départementaux, dispositifs MAIA, équipes mobiles hospitalières. La PTA s’inscrit dans un écosystème et permet souvent d’accélérer l’orientation vers le bon niveau d’expertise ou de prise en charge :

  • Activation rapide d’une évaluation gériatrique à domicile
  • Mobilisation de solutions d’hébergement temporaire en cas de crise
  • Lien direct avec les assistantes sociales hospitalières pour organiser un retour à domicile sécurisé
  • Recours à des dispositifs innovants, type télémédecine pour l’expertise gériatrique à distance dans les zones rurales

La stratégie nationale Ma Santé 2022 encourage d’ailleurs la convergence de ces fonctions sous l’égide des Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS), de sorte qu’aucun professionnel ou aidant ne se retrouve isolé face à une situation complexe.

Retours d’expériences et bénéfices observés sur le territoire

Sur le terrain, plusieurs témoignages illustrent les atouts des PTA gériatriques :

  • Une équipe de SSIAD ardennaise signale la « capacité de la PTA à organiser une visite gériatrique conjointe en 48h, évitant une hospitalisation pour décompensation ».
  • Dans la Marne, c’est un service d’aide à domicile qui a pu, via la PTA, activer rapidement une réadaptation du plan d’aide après aggravation brutale de la dépendance, évitant une rupture de prise en charge.
  • Un médecin généraliste du secteur de Troyes insiste sur la lisibilité que cela apporte « pour obtenir le bon interlocuteur sans repasser par tout le circuit institutionnel habituel ».

Ces retours concordent avec les analyses du HCFEA (Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge), qui souligne dans son rapport 2023 que « les plateformes d’appui sont de plus en plus identifiées par les réseaux de praticiens, mais gagneraient à être mieux connues des travailleurs sociaux et des aidants ».

Aperçu d’avenir et enjeux territoriaux

Un des enjeux majeurs pour les années à venir reste le renforcement de la visibilité et l’accessibilité des plateformes auprès de tous les professionnels du secteur – y compris ceux plus éloignés de la coordination « classique ». L’ARS Grand Est propose désormais des modules de sensibilisation aux PTA lors des réunions interprofessionnelles, et plusieurs territoires pilotes testent des partenariats avec les collectivités locales pour simplifier encore les démarches.

L’ouverture progressive aux aidants et la dématérialisation des demandes pourraient, en complément, contribuer à sceller le rôle pivot de la PTA. Quoi qu’il en soit, sur le territoire Champagne-Ardenne, la logique de partenariat reste la clef : chaque situation, chaque professionnel ou proche concerné doit pouvoir trouver une réponse adaptée, rapide et coordonnée, favorisant la qualité et la sécurité du parcours de santé des aînés.

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