Optimiser le travail en équipe : le dossier partagé, un allié pour les professionnels de santé

29/09/2025

Un outil structurant pour la coordination des soins

Dans notre territoire, les parcours de soin impliquent souvent de nombreux acteurs : médecins généralistes, infirmiers libéraux, hôpitaux, kinésithérapeutes, pharmaciens, services à domicile, associations et familles. Sans une information partagée, le risque de rupture de la chaîne ou de pertes d’informations essentielles est réel.

  • L’Assurance Maladie indique qu’en 2023, plus de 14 millions de Dossiers Médicaux Partagés (DMP) ont été ouverts en France (ameli.fr), un chiffre en progression constante.
  • Une étude menée par l’URPS Médecins Libéraux Grand Est (2022) relève que 72 % des professionnels de santé de la région ont déjà consulté ou alimenté un dossier partagé au cours des 12 derniers mois.

Concrètement, l’accès à des données centralisées permet de :

  • Limiter les oublis et les doublons d’examens, qui coûtent cher au système et augmentent la durée d’attente pour le patient
  • Assurer une continuité entre la ville et l’hôpital, notamment lors des sorties ou des retours à domicile
  • Éviter les ruptures dans la prise en charge, notamment dans les situations complexes (polypathologies, démences, accompagnement à domicile…)

Gain de temps et diminution des tâches administratives

L’un des principaux freins du dossier partagé, évoqué encore aujourd’hui dans les professions de santé, est le temps à consacrer à l’alimentation et à la consultation du dossier. Pourtant, là où les équipes s’en saisissent collectivement, la balance penche nettement vers un allégement du travail administratif.

  • Selon un rapport de la Drees (données 2023), 61 % des professionnels ayant intégré de façon régulière le DMP déclarent avoir gagné entre 1 et 4 heures par semaine en évitant multiples relances téléphoniques, échanges de fax ou recherches fastidieuses dans différents logiciels.
  • Les retours de terrain des établissements gériatriques de la Marne montrent une amélioration de la transmission des consignes en établissement et lors de l’hospitalisation à domicile.

Exemple pratique : l’admission en Ehpad

Lorsqu’un patient est admis en Ehpad, le transfert de son dossier médical peut représenter des heures de travail, faxés ou envoyés par voie postale. Avec le dossier partagé, l’équipe a immédiatement accès à l’historique, aux traitements en cours, aux allergies et aux outils d’évaluation gériatrique déjà réalisés. Cela diminue la paperasserie et soulage aussi bien l’équipe entrante que la famille du patient.

Sécurisation de la prise en charge : réduction des erreurs et vigilances partagées

L’autre avantage, et non des moindres, est la sécurisation de la prise en charge. Accès immédiat aux résultats biologiques, comptes-rendus opératoires, antécédents ou ordonnances : la qualité de l’information fait la différence face à la complexité des pathologies ou à la fragilité de certaines populations gériatriques.

  • Moins d’erreurs médicamenteuses : L’ANSM estime que 40 % des erreurs médicamenteuses en établissement sont liées à une mauvaise transmission de l’information (ansm.sante.fr). Le dossier partagé permet à l’ensemble de l’équipe (médecin coordonnateur, généraliste, infirmière, pharmacien) de voir les traitements actuels et les interactions possibles, réduisant ainsi ces accidents évitables.
  • Alertes et rappels automatiques : Certains outils de dossier partagé proposent des notifications en cas d’allergie signalée, ou de date de vaccination à respecter (notamment grippe ou Covid chez les personnes âgées).
  • Traçabilité accrue : Chaque ajout ou modification est horodaté et signé, permettant un suivi précis de la prise en charge et une réponse rapide en cas de question médico-légale.

Favoriser le travail pluridisciplinaire et la concertation

Sur le terrain, l’une des clefs du bien vieillir, c’est l’approche coordonnée entre le médical, le social et l’accompagnement de la personne. Les Conseils Territoriaux de Santé du Grand Est associent désormais systématiquement les outils numériques à leurs projets, car ceux-ci favorisent :

  • Le partage d’informations entre professionnels de compétences différentes (gériatre, assistante sociale, psychologue, diététicien, etc.)
  • Un langage commun et une présence facilitée lors des réunions de synthèse ou de projets personnalisés
  • Une adaptation plus rapide des prises en charge (ajustement du plan d’accompagnement, évolution des prescriptions)

Plus localement, dans les réseaux de santé gériatrique en Champagne-Ardenne, des retours positifs sont enregistrés là où des dispositifs de dossier partagé sont associés à des plateformes de coordination. Les réunions pluridisciplinaires gagnent en efficacité : chacun a accès aux mêmes données, et la décision médicale n’est plus monopolisée par celui qui “détient les informations”, mais devient vraiment collective.

Protection des données et cadre légal : rassurer les équipes et les patients

La question de la confidentialité, souvent soulevée par les professionnels comme par les usagers, est prise très au sérieux. Le dossier partagé est encadré strictement par le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) et par le Code de la Santé Publique. À chaque étape, la traçabilité des accès, le consentement du patient et la sécurité des données sont garantis.

  • Seuls les professionnels directement concernés (cercle de soins) peuvent consulter ou modifier les données après authentification forte.
  • Le patient conserve à tout moment un droit de regard, voire d’opposition, sur l’accès à son dossier. Il peut également paramétrer l’accès à certaines données sensibles.

En Champagne-Ardenne, le référent informatique de chaque établissement est chargé de former et sensibiliser l’équipe à ce sujet, ce qui contribue à limiter les craintes et à renforcer le lien de confiance.

Des bénéfices concrets au quotidien : des témoignages du terrain

Les avantages du dossier partagé ne sont pas que théoriques ; ils se vivent au quotidien dans les structures du territoire. Voici quelques exemples recueillis dans la région :

  • Service de soins infirmiers à domicile de Troyes : Depuis la mise en place du DMP pour les plus de 75 ans polymédiqués, l’équipe estime avoir diminué de 18 % le taux de consultations inutiles chez le médecin traitant (source : Revue Pratique Soins).
  • Ehpad rural dans les Ardennes : Suite à une suspicion de déshydratation, accès rapide au bilan biologique du patient via le dossier partagé. Décision prise en moins de 2 heures au lieu des 24h habituelles, avec ajustement immédiat du protocole de soins.
  • Centre hospitalier de Reims : Travail facilité lors des admissions d’urgence, notamment pour les patients en situation de handicap ou sans entourage, grâce à l’accès au dossier partagé et aux antécédents médicaux clés.

Défis persistants et axes de développement

Malgré ses atouts, le dossier partagé doit encore franchir certains obstacles pour remplir pleinement sa mission :

  1. Interopérabilité : Les utilisateurs signalent des difficultés entre certains logiciels métiers et les plateformes nationales ou régionales. Des travaux sont en cours pour fluidifier les échanges et éviter la double saisie (cf. feuille de route du Ségur du Numérique en Santé 2023).
  2. Formation continue : L’enjeu n’est pas seulement l’apprentissage initial, mais l’accompagnement régulier des équipes, pour garantir que l’outil reste utilisé de façon optimale. Les URPS mettent désormais à disposition des formations en ligne ou en présentiel adaptées à chaque métier.
  3. Dossier partagé et lien humain : Certains craignent que le numérique vienne appauvrir la relation avec le patient. Les initiatives locales montrent cependant qu’un usage raisonné, au service du projet de soin, permet au contraire de dégager plus de temps pour la rencontre et l’écoute.

Vers une culture du partage en santé : perspectives en Champagne-Ardenne

Le dossier partagé en santé représente bien plus qu’un outil informatique. Il s’agit d’un véritable levier de décloisonnement, dans une région où l’attractivité médicale évolue et où la coordination gériatrique requiert une cohérence forte. Les retours de terrain en Champagne-Ardenne prouvent que chaque professionnel peut, à son niveau, enrichir la prise en charge des personnes âgées par un geste simple : partager l’information utile, fiable et à jour. L’avenir est à un dossier partagé enrichi, interopérable, et intégré à chaque étape du parcours de santé, pour que le temps retrouvé serve d’abord la qualité humaine de nos pratiques et l’expertise de notre territoire.

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